À la Toussaint, je repense à des profils que je retrouve encore sur les réseaux sociaux. Leurs propriétaires sont décédés depuis trois, quatre, parfois six ans, voire davantage. Leur existence numérique se prolonge au-delà de leur décès.
Je sais qu'ils ne reviendront pas. Pourtant, leur photographie est toujours là, leurs anciennes publications restent accessibles. L'interface continue à leur réserver une place.
Pour certains proches, cette page est peut-être un souvenir précieux. Pour d'autres, une adresse oubliée. En la regardant, je ne sais pas si sa présence a été souhaitée ou si personne ne s'en est occupé.
C'est cette incertitude qui me ramène à ma propre situation : qu'ai-je prévu pour les traces que je laisserai ?
Il n'y a pas d'âge pour quitter ce monde. Préparer le devenir de nos comptes nous concerne donc dès maintenant, même lorsque cette perspective paraît lointaine. Quelques choix posés aujourd'hui peuvent donner des repères à nos proches ; nous pourrons les faire évoluer avec notre vie.
Une présence qui peut continuer sans nous
Imaginons ce profil dans vingt ans, puis dans cinquante ans. Cette projection suppose que le service existe encore et conserve ses données ; rien ne le garantit. Mais elle rend visible une difficulté : une interface conçue pour le présent peut réunir des personnes vivantes et les traces de plusieurs générations disparues.
Une photographie peut émouvoir. Un texte peut transmettre une expérience. Un ancien message peut aussi blesser ou exposer des informations sur des personnes toujours vivantes. Les traces continuent à produire des effets ; leur auteur ne peut plus les corriger ni changer d'avis.
Leur conservation peut avoir du sens. Encore faut-il savoir ce que la personne souhaitait transmettre, à qui, et ce qu'elle aurait préféré voir disparaître.
Je ne voudrais pas laisser mes proches seuls devant ces décisions, contraints de deviner mes intentions au moment où ils auront déjà beaucoup à gérer.
Choisir ce que nous voulons laisser

J'ai moi-même configuré des contacts légataires. Ce premier geste m'a amené à une question plus large : ai-je seulement désigné quelqu'un, ou ai-je aussi précisé ce que j'attends de cette personne ?
Une délégation devient utile lorsque son périmètre est compréhensible. Conserver des photographies familiales, fermer un profil public et transmettre des documents sont des demandes différentes. On peut souhaiter l'une sans accepter les autres.
En France, l'article 85 de la loi Informatique et Libertés permet de définir des directives sur la conservation, l'effacement et la communication de ses données après son décès. La CNIL explique les démarches possibles et les droits des proches. [1]
Cette possibilité donne un cadre à une décision personnelle : que voulons-nous préserver, pour qui, et avec quelles limites ?
Trois gestes pour commencer
1. Repérer les comptes qui comptent
Je commencerais par une liste courte : messagerie principale, stockage de photos et de documents, réseaux sociaux, site personnel. L'objectif est de rendre les comptes importants identifiables, sans chercher à recenser immédiatement chaque inscription ancienne.
Pour chacun, noter le service et l'identifiant utilisé permet déjà d'éviter une recherche à l'aveugle. Cette liste doit être conservée dans un endroit protégé dont la personne de confiance connaît l'existence. Elle n'a pas besoin de contenir les mots de passe.
2. Préciser ce qui doit être conservé, transmis ou supprimé
Quelques indications concrètes seront plus utiles qu'une consigne générale comme « occupe-toi de mes comptes » : quelles photos transmettre, quels documents préserver, quel profil fermer, quels contenus laisser visibles ?
Ces souhaits peuvent être écrits, datés et discutés avec la personne concernée. Pour les formaliser et les articuler à une succession, un notaire peut accompagner la démarche. La CNIL distingue les directives générales et celles adressées à un service particulier. [1]
Il faut aussi penser à ce qui doit être récupéré avant une suppression : fermer un compte trop tôt peut faire disparaître les souvenirs que l'on voulait transmettre.
3. Désigner une personne et configurer les services

En parler avec une personne de confiance permet de vérifier qu'elle accepte ce rôle et comprend les souhaits exprimés. Il reste ensuite à utiliser les mécanismes proposés par chaque plateforme.
Déléguer, c'est choisir quelqu'un et préparer des consignes, pas lui ouvrir tous nos accès.
Transmettre des souvenirs et des documents
Apple propose un contact légataire pouvant demander l'accès à certaines données après le décès. La démarche nécessite notamment la clé d'accès générée lors de la désignation et un justificatif de décès. Les mots de passe du trousseau iCloud et certains contenus achetés sont exclus. Il faut donc s'assurer que le contact saura retrouver cette clé. [2]
Google propose un Gestionnaire de compte inactif : on choisit un délai, les contacts à prévenir et les catégories de données à partager. Son déclenchement repose sur l'inactivité du compte ; il ne constate pas un décès. [3]
Dans les deux cas, vérifier les données réellement accessibles permet de préparer une transmission conforme à ses souhaits.
Prévoir le devenir d'un profil public
Pour Facebook, le récapitulatif de la CNIL décrit deux possibilités à préparer : la suppression du compte après signalement du décès ou la désignation d'un contact légataire pour sa gestion commémorative. Pour Instagram, la CNIL renvoie vers des démarches de signalement et de suppression après le décès. Les possibilités diffèrent selon le réseau ; l'essentiel est de préciser ce que l'on souhaite laisser visible. [1]
Préparer les contenus sans dispositif légataire identifié
Pour les échanges avec ChatGPT et Claude, je n'ai pas identifié de dispositif légataire dans les documentations officielles consultées. Il faut donc préparer de son vivant les contenus que l'on souhaite conserver ou transmettre. OpenAI documente l'export des données ChatGPT ; pour Claude, l'assistance reste le point d'entrée pour clarifier les démarches possibles. L'accès d'un proche aux conversations après un décès ne doit pas être présumé. [5][6]
Chaque service fixe les données accessibles et les justificatifs nécessaires. Les réglages doivent correspondre aux souhaits exprimés, puis être revus lorsque les comptes ou la personne choisie changent.
Commencer dès maintenant, par un compte
Je reviens à ces profils encore visibles plusieurs années après le décès de leurs propriétaires. Je ne sais pas ce qui avait été prévu pour eux. Je peux, en revanche, rendre mes propres intentions plus claires.
Préparer sa vie numérique après soi, c'est donner à ses proches des repères : ce qui compte, ce qu'ils peuvent transmettre et ce qu'ils doivent laisser disparaître.
Choisissez aujourd'hui un seul compte important. Notez le service, l'identifiant utilisé et ce que vous souhaitez voir conservé, transmis ou supprimé. Pour un compte de photos, par exemple : « Je souhaite que les albums familiaux soient récupérés et transmis à mes enfants avant toute suppression du compte. »
Datez cette consigne et conservez-la dans un endroit protégé : par exemple, une enveloppe rangée avec vos documents importants ou un fichier sécurisé. Indiquez à une personne de confiance où la retrouver et comment y accéder le moment venu, sans inscrire vos mots de passe dans cette liste. Vérifiez ensuite le mécanisme proposé par le service et configurez-le selon votre choix.
Ce premier choix ne réglera pas tout. Il évitera déjà de laisser une décision de plus à ceux qui resteront.
Faire le point sur sa transmission numérique
Si vous souhaitez être accompagné, je vous propose un premier échange avec D‑WEB Consulting pour identifier vos comptes importants, clarifier ce que vous souhaitez conserver, transmettre ou supprimer, et repérer les démarches à préparer avec une personne de confiance.
L'accompagnement porte sur l'organisation de votre vie numérique et les réglages des services. Pour la formalisation juridique de vos directives et les questions de succession, un notaire reste l'interlocuteur adapté.
À distinguer : le contact de confiance ChatGPT. Il peut être prévenu en cas de risque grave pour la sécurité de l'utilisateur, mais ne reçoit pas les conversations. Ce rôle ne prépare pas leur transmission après un décès. [4]
Sources et démarches
- CNIL, Données après un décès : droits, directives et démarches par service, 31 octobre 2025.
- Apple, Ajouter un contact légataire pour votre compte Apple.
- Google, À propos du Gestionnaire de compte inactif.
- OpenAI, Contact de confiance dans ChatGPT : fonctionnement et limites.
- OpenAI, Exporter son historique et ses données ChatGPT.
- Anthropic, Contacter l'assistance Claude.
Pages consultées le 1er novembre 2026. Les fonctionnalités et les démarches peuvent évoluer ; les liens officiels permettent de vérifier les conditions au moment de leur configuration.
