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De « snail mail » à « snail brain »

Et si les mots que nous employons aujourd'hui révélaient déjà la place que prendra demain l'IA dans notre façon de réfléchir ?

15 juillet 20263 min read

De « snail mail » à « snail brain »

Il y a plus de vingt ans, une expression anglaise m'avait marqué : snail mail.

En France, elle est restée relativement confidentielle. Nous avons continué à parler de courrier, puis d'e-mail.

Pourtant, l'idée derrière cette expression est fascinante.

Avant Internet, le courrier était simplement... le courrier.

Puis l'e-mail est devenu le mode de communication dominant.

À partir de ce moment-là, le rapprochement avec le courrier traditionnel est devenu de moins en moins naturel. L'e-mail était devenu la norme.

Et c'est finalement l'ancien monde qui a eu besoin d'un nouveau nom : snail mail.

Le nouveau n'avait plus besoin d'être expliqué.

Une expression qui me revient aujourd'hui

Depuis quelques mois, cette expression me revient régulièrement.

Non pas lorsque je pense au courrier.

Lorsque je pense à l'intelligence artificielle.

Je remarque une évolution dans ma propre façon de travailler.

Il y a encore peu de temps, j'aurais spontanément dit :

« Je vais y réfléchir. »

Aujourd'hui, je me surprends à dire :

« Je vais le soumettre à mon agent. »

Non pas parce que mon agent réfléchit à ma place.

Mais parce qu'il est devenu une étape naturelle de mon processus de réflexion.

Je lui soumets une idée, une architecture, une hypothèse ou un problème. Il challenge mes raisonnements, propose des alternatives, met en évidence des angles morts.

Puis je reprends la main.

La décision reste la mienne.

Mais le langage, lui, a déjà commencé à évoluer.

Et si notre référentiel changeait ?

Aujourd'hui encore, nous expliquons souvent les IA en les comparant au cerveau humain.

Le cerveau reste notre référence.

Mais que se passera-t-il si les systèmes génératifs et agentiques deviennent, eux aussi, une évidence du quotidien ?

Si travailler avec un agent devient aussi naturel qu'envoyer un e-mail ?

Je me demande alors si nous ne finirons pas par vivre le même basculement linguistique.

Le cerveau humain resterait évidemment ce qu'il est.

Mais il ne serait peut-être plus le référentiel implicite.

Une expérience de pensée

C'est dans cette réflexion qu'un terme m'est venu naturellement :

snail brain.

À ma connaissance, ce n'est pas une expression établie. Je l'utilise ici comme un néologisme, une simple expérience de pensée inspirée de snail mail.

Non pas pour qualifier le cerveau humain de « lent ».

Encore moins pour suggérer qu'une IA serait un cerveau.

Mais pour illustrer une idée.

Lorsque la norme change, ce n'est pas toujours la nouveauté qui reçoit un qualificatif.

C'est parfois ce qui était la norme jusque-là.

Peut-être que snail brain ne sera jamais utilisé.

Ce n'est d'ailleurs pas le sujet.

Ce qui m'intéresse, c'est de constater que ma façon de parler a déjà commencé à changer.

Et ce changement est probablement plus révélateur que le mot lui-même.